Les jours passent et les pluies avec eux, les pas dansants de Farah acompagnent les tams tams du village voisins et aident la rivière sale à passer devant les maisons. les rires des autres enfants soutiennent le silence de la petite fille, qui se retournant des fois approuve l'appréhension de celle qui s'est penché pour lui brosser les pieds.
- M'ma, pourquoi tu es aussi vieille? c'était plus l'expression de sa pensée qui se manifestait qu'autre chose.
Latufa continua sa besogne, toujours fidèle à ses principes qui sont de ne rien avoir à extraire dans l'après.
Ainsi, elle fini lentement de laver sa princesse, compta ses orteils, constata la lisseur de ses jambes, puis se releva. elle ne la fixa pas tout de suite, laissant la pluie lui rincer les gouttes d'eau qui avaient émergé sur son visage. Elle lui tint fermemant les épaules de façon à s'appuyer sur elle. Elle désigna de la tête le bois mouillé gisant sur la veranda.
- Ton père ne va pas être content, tu as encore oublié qu'on aurait pu faire un dîner ce soir! Elle prononça ses paroles alangui, trop solennelement cette fois.
- Bon, maman je crois que c'est bon là, toujours mon père et toi alors hein? et nous?
- Quand tu dis ça à qui tu penses vraiment, au fils de la traîné c'est ça? Bien sûr elle faisait allusion à Yazid.
Maintenant tu vas te changer et saches qu'il n'y aura rien à manger pour ce soir, c'est comme ça quand on ne fait rien que de vouloir prouver aux gens qu'on peut changer les choses avec des sottises.
Farah baissa avec politesse la tête et commença à tourner le dos à sa mère quand celle ci la saisit du bras d'une force sauvage et honorablement tempérée.
- J'ai mal.
- C'est mieux pour toi! J'espère qu'il ne t'a pas touché parce que si ton père aprend ça, il en mourra tu 'entends? Tu es la seule fille de cette famille, et tu as intêret bien te tenir parce que ton avenir ne dépend pas de toi, mais de Dieu! Je ne te souhaite aucun malheur mon enfant, mais si tu agi à l'encontre de tout ce qu'on te répète je ne pourrais hélàs rien pour toi!
Quand elle retrouva son bras, Farah ne demanda pas plus, même pas une replique rien. Sa mère lui disait toujours que petite, elle était une vrai piplette et à présent qu'elle découvrait le monde, reconnaisait les humeurs et les visages, elle n'avait plus grand chose à dire. tout ce qu'elle savait c'est qu'il y avait une île pas loin qui promettait des choses à 18ans, qui lui reconnaissait un avenir, une place distincte de l'image qu'on voulait bien lui façonner.
Ce soir là, elle perçut mieux la moisissure de ses draps, les grognements de son père devinrent plus lours, les rires de sa mère plus transparents presque inexistans, elle manqua de sécurité tout d'un coup. Elle se leva d'un bon , toute en sueur, le coeur battant; C'était l'heure.
Les vagues de Domoni se distingaient de la moitié de l'île, elles se voulaient plus vivantes. Cela rassuraient énormément les passeurs, même si il n'y avait pas une heure qu'un un autre kawassa s'était retourné de l'autre côté de la rive. Le bruit des enfants étaient perçants, et Farah les vivaient dans l'indifférence s'accrochant plus à son lit vide qu'à son excursion intrépide. Elle pensa à un là bas niché dans le passé, une lointaine reminiscence.
-Allez, on embarque. Vous allez voir ça va être comme une croisière.
Farah serra très fort le petit livre qu'elle avait glissé dans sa saccoche, ça la rassurait de ramener un peu de prière avec elle...